EN DIRECT
Connexion
Flash info
RGPH-3 : Le cap de 31,8% atteint au 06 juillet Tchad: Les agents des eaux et forêts n'ont plus le droit de porter la tenue militaire Deuxième anniversaire de l'AES: Le capitaine Ibrahim Traoré trace les perspectives Des filets vides qui créent de déplacement RGPH-3 : Le coordonateur fait le point

Des filets vides qui créent de déplacement

Considéré comme une réalité des autres continents, le changement climatique se fait ressentir aujourd’hui sur le quotidien des populations tchadiennes surtout celles qui utilisent les ressources naturelles pour mener des activités de survie. Pour s’adapter aux changements climatiques, les pêcheurs qui vivent aux environs de N’Djamena sont obligés de migrer vers d’autres rives dans l’espoir d’attraper des poissons. C’est le cas du pêcheur Kosmadjingar Dingamnadji Elie, qui a quitté la rive de Klessoum pour se retrouver à Koundoul localité située à environ 25km à la sortie Sud de N’Djamena. Là, il réussit à mener trois activités à la fois, ce qui le permet de joindre les deux bouts. Nous sommes allés à sa rencontre. Reportage 

Des filets vides qui créent de déplacement
Le pêcheur Kosmadjingar Dingamnadji Elie, photo prise par Kouladoum Mireille Modestine, le 26 juin 2026 sur la rive du Chari dans la sous-préfecture de Koundoul.

Après plus de 08h d’attente sur la berge, Kosmadjingar Dingamnadji Elie, 57 ans, père de 10 enfants se présente enfin. Un seau d’eau à la main dans lequel se trouvent de fretins. C’est depuis 1982 à l’âge de 13 ans qu’il a commencé à pêcher, grâce à son père qui pratiquait ce métier. Installé sur la rive de Klessoum du fleuve Chari après avoir pris son indépendance de son père, Kosmadjingar n’arrive plus à attraper les poissons comme c’était le cas il y a trente à quarante ans en arrière. Il est contraint de quitter la rive de Klessoum pour s’installer sur la rive de Koundoul depuis plus de 3 ans dans un espace plus grand. 

Kosmadjingar raconte l’histoire de la pêche. Il y a quatre décennies de cela, il suffit de jeter deux à trois fois le filet pour remplir la pirogue. Seulement qu’il le vendait à vil prix. Pour lui, non seulement l’eau ne produit plus de poissons. Mais il y a également l’ensablement du fleuve et le tout couronné par la présence massive des hippopotames qui empêchent les pêcheurs de mener leurs activités en toute tranquillité. « Nous passons des heures au fleuve et allons jusqu’à vingt kilomètres d’ici pour pêcher mais il y a des jours où nous rentrons les mains bredouilles. La pêche ne donne plus et elle ne donnera pas au regard des constats faits par rapport au niveau des eaux et l’ensablement du fleuve. Avant, pendant les mois de septembre jusqu’à janvier, les poissons arrivaient en colonne et par espèces de sardines, tilapia et autres. De nos jours c’est difficile de remarquer cette présence », nous confie-t-il. 

Puisque les effets du changement climatique ont affecté les ressources naturelles halieutiques dont les poissons, Kosmadjingar adopte des stratégies pour s’adapter à ce changement. Il utilise les feuilles du palmier doum qui se trouvent dans son espace pour tisser des nattes traditionnelles qu’il vend. En plus de cela, il pratique l’élevage des petits ruminants, notamment les moutons. Il s’en sort pas mal avec ces trois activités qu’il exerce à la fois. Son vœu le plus ardent c’est d’avoir une motopompe afin d’ajouter le maraîchage à la liste de ses activités. En plus des effets du changement climatique qui agit sur les ressources naturelles, s’ajoutent les activités de l’homme. De l’avis de Kosmadjingar, les pêcheurs attrapent tout type de poissons voir les plus petits. « On ne laisse pas le temps aux poissons de grandir. Avant, on utilisait les filets de 4 à 5 doigts pour pêcher mais maintenant les pêcheurs utilisent différentes formes de filets. En plus de cela la pollution des eaux par les populations riveraines qui déposent des ordures ménagères et autres dans le fleuve », déplore-t-il. Edmond Maïna chef de division éducation environnementale au ministère de l'environnement de la pêche et du développement durable, photo prise par Kouladoum Mireille Modestine.

Pour Edmond Maïna expert en environnement par ailleurs chef de division éducation environnementale au ministère de l’environnement, de la pêche et du développement durable, les effets du changement climatique sur l’environnement avec ses risques extrêmes tels que les vents violents, les inondations, les sécheresses, l’ensablement, la hausse de la température et le tarissement des eaux provoquent des déplacements temporaires ou définitifs des personnes ou de groupes de personnes. Car, ces évènements extrêmes précités agissent sur les systèmes de production de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de la biodiversité. L’expert en environnement de poursuivre que cela joue sur les revenues des personnes qui vivent de ces secteurs notamment celui de la pêche. De son avis, le lac Tchad qui avait une superficie de 25.000km carré dans les années des indépendances, se retrouve aujourd’hui à seulement 2000km carré. Les autres sources d’eau comme les fleuves Chari et Logone ne sont pas épargnés. « Certaines espèces de poissons, quand leur biotope est menacé dans leur niche écologique, ils ne peuvent plus vivre là. Il y a aussi les algues telles que la spiruline que le Tchad exploitait en son temps, mais avec le rétrécissement des eaux, il y a aussi la réduction des productions de ces algues et c’est l’économie du pays qui prend un coup », souligne-t-il.

Le changement climatique modifie l’environnement avec la dégradation des sols, la perte de la biodiversité, le manque de pâturage et d’eau. Tout cela est à l’origine du déplacement des personnes ou de groupes de personnes qui dépendent des ressources naturelles afin d’espérer mieux ailleurs. Ces déplacements peuvent être temporaires ou définitifs. A l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays. Certains migrent dans les centres urbains pour se reconvertir en commerçants ou font le maraîchage sur les berges du fleuve. Les jeunes qui vivent dans la zone méridionale du Tchad quittent leurs villages parce que leur sol est devenu pauvre. Ils arrivent à N’Djamena on les appelle ‘’les fonctionnaires des rues de 40’’. D’autres encore partent vers le lac Filtri qui depuis quelques années connait lui aussi les effets du changement climatique. Tous ces déplacements constituent la recherche des réponses ou de stratégie d’adaptation au changement climatique.

Ces déplacements ne sont pas sans conséquence. Selon l’expert en environnement, les conflits peuvent naître entre éleveurs-agriculteurs, éleveurs-éleveurs autour des points d’eau et de pâturages et également entre éleveurs-pécheurs. Car dans leur déplacement, ils peuvent entrer et détruire les filets des pécheurs installés dans l’eau et un conflit peut naitre. Il demande au gouvernement de réguler le secteur de la pêche qui sera bénéfique pour tous. Si les poissons sont menacés de disparation, l’économie également prendra un coup. 

Kouladoum Mireille Modestine

ARTICLES SIMILAIRES

À LIRE AUSSI

Gestion des réfugiés aux territoires tchadiens, le gouvernement lance un cris d'alarme
Politique
24 juin 2023 2K vues

Gestion des réfugiés aux territoires tchadiens, le gouvernement lance un cris d'alarme

Le Premier Ministre de la transition tchadienne, Saleh Kebzabo a fait une déclaration ce matin 24 juin 2023 dans la salle de conférence du ministère des affaires étrangères en présence des partenaires techniques et financiers sur la crise soudanaise qui pèse lourdement sur les épaules du Tchad. L'objectif est de s'unir pour collecter le fonds afin d'aider le gouvernement tchadien à soutenir les réfugiés.

Présidentielle : Voici les pourcentages obtenus par chaque candidat
Politique
16 mai 2024 2.1K vues

Présidentielle : Voici les pourcentages obtenus par chaque candidat

Le président du conseil constitutionnel Jean Bernard Padaré a proclamé les résultats définitifs de l'élection présidentielle du 06 mai . Le candidat de la coalition Tchad Uni remporte avec 61% . Il devient ainsi, le président de la République du Tchad pour un mandat de 5 ans. Retrouvez les pourcentages de chaque candidat .

LES 10 PROPOSITIONS DU CH-DNIS EN PRELUDE DU DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF
Politique
29 avr. 2022 1.6K vues

LES 10 PROPOSITIONS DU CH-DNIS EN PRELUDE DU DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF

Le Comité d’Harmonisation de la participation des partis politiques au dialogue national inclusif a organisé par le biais de son président Sidick Abdelkerim Haggar un point de presse ce 27 avril 2022 au siège du parti Union pour la refondation du Tchad (URT) dans le quatier Klémat au 2e arrondissement pour étaler ses propositions pour la participation au dialogue national qui se pointe à l’horizon.

Le sultan MBANG Hadji woli élu au Comité Parlementaire de L’OCI
Politique
26 févr. 2023 1.8K vues

Le sultan MBANG Hadji woli élu au Comité Parlementaire de L’OCI

Par une cérémonie grandieuse organisée ce 25 février en l’honneur de sa majesté MBANG Hadji woli à messenya pour sa brillante élection à l'organisation de la conférence islamique, plusieurs personnalités, des hauts dignitaires ont rehaussé de leur présence à la cérémonie.